Photo: Steve Bates

STEVE BATES — Concertina | 19 février au 19 mars 2017

Informations :

19 février au 19 mars, mercredi au
dimanche, 12 h à 17 h
Vernissage le 18 février, 20 h
Petite galerie de l’Œil de Poisson
Entrée libre

Artiste :

Steve Bates
(Canada [QC])

Présenté en collaboration avec l’Œil de Poisson

Genre :

Installation sonore radiophonique

CONCERTINA

Inspiré par l’exil massif de populations qui caractérise notre époque, Steve Bates revisite une installation sonore et radiophonique qu’il a créée en 2011. Nom donné à un petit accordéon diatonique, le mot concertina désigne aussi les fils barbelés en forme de spirale qu’on utilise pour renforcer les frontières entre certains pays ou encore pour entraver les déplacements de groupes rebelles sur un territoire. Composée de deux fils « razor » en guise d’antennes, d’un émetteur et de postes radio, Concertina crée, capte et transforme des signaux précis pour ensuite les retransmettre en les entremêlant aux notes produites par un accordéon. Les sons générés par ce dispositif se fondent alors aux harmoniques de l’instrument et composent une ambiance hypnotisante aux textures changeantes. L’artiste fait ainsi naître une réflexion engagée sur les frontières, sur l’interrelation du son, de la musique et de la culture technomilitaire et sur les mouvements migratoires contemporains.

  • Photos : Steve Bates et Guy L’Heureux

Dans les jungles d’Amérique centrale, la légende raconte que des groupes rebelles ont découvert une tactique pour échapper à la localisation par l’armée lors de la communication par radio. Prenant usage du fil de fer barbelé disposé à des milles à la ronde par les militaires pour entraver leur mobilité, les rebelles, selon la rumeur, raccordaient les émetteurs radio aux fils et les récupéraient comme une antenne.

Biographie
Steve Bates est un artiste et musicien de Montréal. Son expérience en radio communautaire et en composition de musique plus bruyante influence ses méthodes de travail.

Son travail a été exposé au Canada, aux États-Unis, en Europe et au Sénégal. Il travaille dans le domaine, sur l’air, dans muséologique / galerie et contextes de performance. Il diffuse de la musique en solo, et en collaboration, souvent par le biais de son propre projet d’édition et de conservation, The Dim Coast. Son travail a été exposé au Canada, aux États-Unis, en Europe et au Sénégal. Il travaille sur le terrain, en plein air, dans des musées / galeries et dans des contextes de performance. Ces territoires mouvants reflètent le contenu de sa pratique. Il élabore actuellement un projet pluriannuel sur les aspects historiques et contemporains de l’hallucination auditive.

Approche artistique
Steve Bates ausculte les limites et les frontières, les points de tension, de contact et de conflit. Les seuils sonores sont explorés, étirés et, parfois, complètement brisés. Les larsens sont réinjectés en eux-mêmes créant ainsi des nouvelles situations et des nouveaux événements. Le son est le point de départ de ses projets qu’ils soient strictement sonores ou vidéos/installations. Le travail basé sur la galerie comporte des éléments sonores et visuels liés au concept. Bates considère son travail comme fortement influencé par l’art conceptuel. Le sensoriel est aussi au cœur de son œuvre. Cependant, faire s’exécuter les deux ensembles est le but ultime de l’artiste. Ses œuvres sont des évocations de réseaux et systèmes de communication, ou des expressions d’expérience spatiale et temporelle. Il utilise fréquemment du matériel sonore qui est spécifique au site sur lequel il travaille dans une tentative de découvrir le lieu et la façon dont le son affecte notre expérience du site. Le temps peut être mesuré, étiré, ignoré et étendu. L’écoute est au cœur de sa pratique autant dans le cadre d’expositions, de performances ou dans un contexte musical. Il considère l’acte d’écoute comme un évènement autant esthétique que politique.

Informations additionnelles
Les stations de radio pirate savent que s’ils ne peuvent pas garder leurs engins en mouvement, leurs jours sont comptés. La localisation de la source des transmissions radio est une technique développée pendant la Première Guerre mondiale et toujours employée par les organismes d’application de la loi qui surveillent le spectre radioélectrique. Dans les jungles d’Amérique centrale, la légende raconte que des groupes rebelles ont découvert une tactique pour échapper à la localisation par l’armée lors de la communication par radio. Prenant usage du fil de fer barbelé disposé à des milles à la ronde par les militaires pour entraver leur mobilité, les rebelles, selon la rumeur, raccordaient les émetteurs radio aux fils et les récupéraient comme une antenne. Cette technique étend la source de transmission sur un grand territoire, permettant aux rebelles d’échapper aux techniques de localisations conventionnelles. Inspiré par cette pratique de la guérilla, Steve Bates exploite le potentiel de communication du fil de fer barbelé dans une installation exposée au Musée d’art contemporain de Montréal. Deux bobines de fil barbelé concertina, alignées avec des lames tranchantes sont étendues sur un piédestal parallèle au plancher du musée. Cette barrière menaçante prend son nom de sa forme spiralée, conçue pour un déploiement rapide, qui se dilate et recule comme le soufflet d’un accordéon. Le fil de fer barbelé est relié à un émetteur radio à faible puissance qui est reçu par les radios placées autour de l’espace d’exposition. Celui-ci diffuse une ambiance onirique combinant des échantillons d’accordéon concertina mélangés avec les deux fréquences principales (50 et 60 hz) trouvées dans les grilles électriques. Le concertina est un accordéon à bouton diatonique. À l’apogée du colonialisme européen, il fut l’un des premiers instruments musicaux industriels à introduire l’accord occidental dans de nombreuses parties du globe. Le contraste étrange entre l’imagerie musicale et militaire inhérente au matériel employé a un effet désorientant qui reflète la dialectique entre le pouvoir et l’autonomisation, et l’ambivalence des démarcations ou des normes géographiques à l’âge de la désincarnation.

Critique de Matteo Marangoni parue chez
Neural, traduite de l’anglais par Irina Löfdahl

stevebates.info

Inspired by the mass exiles of our era, Steve Bates here revisits a sound and radio installation he created in 2011. The name given to a small diatonic accordion, the word concertina also denotes the large coils of barbed wire used to reinforce borders or limit the movement of rebel groups. Composed of two razor wires serving as antennae, along with a transmitter and radios, Concertina creates, captures and transforms signals before retransmitting them in combination with notes produced by an accordion. The sounds generated by the device blend with the harmonics of the instrument, creating a mesmerizing sound environment with ever-changing textures. The artist thus sparks reflection on borders, mass migrations, and the interrelationships between sound, music and techno-military culture.