MOT DE LA COMMISSAIRE

Pour le ré-enchantement du monde

Devant les dérives spectaculaires qui agitent notre temps et face à la morosité qui s’immisce peu à peu autour de nous, il m’apparaît essentiel de réfléchir l’art comme une possible réponse aux maux et à l’obscurité qui baignent l’époque. C’est ce contexte particulier qui me porte à vouloir profiter des trois prochaines éditions du Mois Multi pour explorer comment les arts multidisciplinaires et électroniques peuvent contribuer au ré-enchantement du monde.

La course au progrès et à la fascination technologique feront place à des expériences artistiques investies de « ressenti ». Les œuvres au programme seront autant d’invitations à être attentifs au monde qui nous entoure, à nous réapproprier les espaces communs, à étayer notre sens critique face aux symptômes et mutations qui colorent le temps présent, autant d’occasions de nous prémunir contre le pessimisme et le cynisme ambiants. Je veux créer en contrepoint un espace où le temps ralentit, où les utopies peuvent encore advenir et où l’art du vivre ensemble reprend son droit. Cette quête devient en quelque sorte un acte de résistance, une forme d’engagement politique, social. J’ai envie de croire qu’autre chose est possible.

Pour reprendre les mots de Bernard Émond, cinéaste québécois, cette première mouture de mon cycle de travail porte sur « l’attention au monde ». Faite de lenteur, de délicatesse et d’univers intimistes, la programmation appelle justement à sa contemplation et à l’observation de sa fragilité. Voyons comment les nouvelles écritures et les œuvres issues des croisements des langages artistiques permettent d’appréhender ce monde avec une lumière nouvelle et la candeur lucide nécessaire à le rendre plus supportable, à le ré-enchanter!

Ariane Plante